lundi 4 mai 2009

Le soleil de minuit

Pendant que O-J Morin et son groupe, ou ce qui en reste, tentent d’atteindre l’île de Banks la vie se poursuit sur et autour de l’Arctic

Le 2 mai fut pour nous une journée remarquable, le soleil, n'étant pas descendu au-dessous de l'horizon pendant 24 heures. La température montait rapidement, le 3 mai elle fut de 4 degrés au-dessus de zéro. Nous rapportâmes à bord les provi­sions que nous avions déposées provisoirement sur la glace, et fîmes certains préparatifs, précurseurs des travaux de prin­temps. Le changement extrême d'une nuit perpétuelle en un jour ininterrompu permit d'entrevoir de satisfaisantes explorations sur terre, et la fonte de la banquise qui depuis de longs mois nous emprisonnait comme dans un étau. Le 3 mai, grâce à la continuité de la chaleur solaire pendant 24 heures, nous vîmes pour la première fois, depuis longtemps, de l'eau à ciel ouvert.

A cette date, M. Jackson, le météorologiste, me fit part des résultats qu'il avait obtenus au cours de trois observations qu'il avait faites dans son voyage au cap Bounty…

…Nous en conclûmes que la déclinaison avait diminué depuis l'époque où Parry l'avait observée. A Winter-Harbour, lors du séjour de l'Hecla et du Griper, en 1819-20, elle était de 127 degrés, et seulement d'environ 98 degrés Est lors du séjour de l' Arctic, au même endroit, en 1908-9. On conçoit que ces variations de l'aiguille aimantée rendent difficile la navigation dans la zone arctique. Aussi, lorsqu'il s'agit de voyager en traîneau, on ne peut guère s'orienter exactement que d'après la position du soleil ou des astres. C'est pourquoi si nos voyageurs emportaient des compas, ils ne s'en servaient pas par le beau temps. Chacun de ceux de nos officiers qui commandait une escouade d’explorateurs, partis comme nous l'avons dit, avait en poche une carte de route sur laquelle était marquée la position que devait occuper le soleil toutes les vingt minutes, pendant les 24 heures du jour astronomique. Naturellement, cette carte ne pouvait convenir que durant la période de l'année où la lumière du soleil brille continuellement. Puisque je parle maintenant de nos explorateurs, je ferai part du regret que je ressentis de n'avoir pu disposer d'attelages de chiens pour leurs traîneaux. Car, si nous avions eu de ces animaux nos explorations et nos voyages auraient été plus rapides, nous aurions pu voir plus de pays, les recherches de nos savants auraient été plus complètes, et ceux des nôtres qui se rendirent à l'île de Banks auraient enduré beaucoup moins de fatigue. Nul n'ignore, en effet, que l'on voyage très lentement, et avec de grandes difficultés, quand on est obligé de tirer après soi les provisions dont on a besoin, tout en marchant sur une couche de neige peu résistante…

…Au cas où l'on entreprendrait de nouveau de pareilles expédi­tions, je conseille l'emploi de chiens d'attelage, et désirerais que l'on s'en procurât une centaine si l'Arctic devait accomplir une mission analogue à celle de 1908-9…

Observations ichtyologiques faites à Winter-Harbour

Le 6 mai, comme l'eau était visible à l'arrière du bâtiment, j'y vis quelques poissons et parvins à en capturer trois à l'aide d'un panier, dont l'un avait environ 4 pouces de long, et appar­tenait à la famille des corégones. Je recueillis aussi quelques mollusques, tant est riche la faune de ces eaux boréales. Je donnai à M. Frank Hennessey les poissons que je venais de prendre, parce qu'il est assez bon taxidermiste et qu'il avait mission de rédiger un rapport sur les quadrupèdes, les oiseaux, les pois.sons, etc., que nous capturerions durant notre expédition.


Nos explorateurs reviennent de l'île de Banks

Le 8 mai, les cinq hommes qui avaient accompagné les traîneaux de l'expédition qui se rendait à l'île de Banks, revin­rent à bord et m'informèrent qu'ils avaient accompagné Morin jusqu'à 30 milles au sud-ouest du cap Providence. A leur retour ils avaient rencontré Green et les siens, qui se dirigeaient vers l'île de Banks, tout le monde était en parfaite santé. Mais M. Green ayant appris que M. Morin trouvait que son grand traîneau était très lourd, donna ordre à ces hommes de retourner auprès de cet officier, afin de l'aider à traverser le détroit. Ayant rejoint M. Morin, celui-ci leur dit d'aller l'attendre pendant douze jours au cap Providence, puis, ce laps de temps écoulé, de s'en retourner à bord. Or, comme, après les douze jours en question, M. Morin n'était pas revenu, ces cinq hommes avaient quitté le cap Providence pour regagner l’Artic. Le 10 mai, M. Morin et ses compagnons de route, Napoléon Chassé et Reuben Pike, qui avaient été envoyés aux îles de Banks et de Victoria pour les annexer, étaient de retour à bord…


…Morin, Chassé et Pike annexèrent les îles de Banks et de Victoria, au cours de leur voyage et en laissèrent la preuve dans un document qu'ils placèrent sur le cap Russell. Document qui relate l'annexion de ces deux îles.

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